# 30
J'arrive après la bataille pour répondre aux tags de Dawn Girl et Zofia. J'ai bien ris en apprenant que l'auriculaire droit de l'une est tordu et que l'autre n'a jamais regardé le Club Dorothée. Apprendre ou remarquer les petits détails qui n'intéressent a priori pas grand monde m'a toujours fait sourire. Je ne suis pas assidûment 15 blogs donc je ne peux pas faire suivre cette chaîne ô combien importante, cependant, se sert qui veut. Je serai ravie d'apprendre que votre arrière grand-père s'appelait Léopold ou que vous n'aimez pas le dentifrice à la menthe - je suis sérieuse -. Voici donc sept choses absolument inutiles à savoir sur moi :
Ne pas savoir marcher sur les mains, ni faire la roue, ni nager parfaitement le crawl sont les trois grands drames de ma vie. Parfois, j'ai presque envie de courir m'inscrire à un cours de piscine spécialisé en crawl pour qu'on n'en parle plus. Je me dis que si je meurs avant de maîtriser cette nage, ma vie aurait été bien vaine. Puis je réalise qu'il faut acheter un maillot de bain "sérieux", être parfaitement épilée pendant de longues semaines, penser au jour de shampooing pour la concordance de temps, ne pas sauter le pas en hiver pour ne pas attraper la mort (j'ai toujours eu la flemme des sèche cheveux) et enfin, avoir beaucoup de temps libre. En été, je ne ressens jamais cette pulsion du crawl et j'ai de toutes façons d'autres choses à faire de mon temps. Donc j'imagine mourir insatisfaite.
Je ne sais pas appliquer correctement de l'eye-liner (le quatrième grand drame de mon existence). Il me faut approximativement vingt minutes pour arriver à un résultat potable. Le but est d'être maquillée comme Audrey Hepburn, malheureusement, c'est plus un hommage à Amy Winehouse qu'autre chose. Une fois, mon beau-père a voulu me photographier tellement il trouvait ça drôle. C'était un petit peu vexant.
Je parle / bouge / sors de mon lit pour visiter mon appartement / hurle de terreur pendant mon sommeil. Je me calme de plus en plus avec le temps, mais quand j'étais plus jeune, c'était épique. Je pense pouvoir écrire un livre sur ma vie nocturne.
Ma cousine et moi avions sauvé la vie de quelqu'un en Russie. Nous étions en train de rentrer chez elle, on se trouvait dans une rue peu fréquentée et nous avions aperçu au loin une forme sombre qui bougeait dans tous les sens. C'était une vieille dame qui était tombée et qui n'arrivait pas à se relever à cause de son âge et de l'épaisseur de la neige. Nous l'avions aidée à se remettre debout. Elle s'est mise à nous remercier et à nous bénir en nous disant des tonnes de trucs mystiques. Elle nous a dit "Aujourd'hui, ça aurait pu être mon heure mais Dieu a décidé de me venir en aide, et vous êtes venues." Elle voulait nous remercier en nous invitant à manger chez elle. Nous avions décliné, par gêne et aussi car nous avions d'autres choses à faire (c'était plus une excuse qu'autre chose). Arrivées à l'appartement, nous nous sommes rendues compte qu'il faisait vraiment un froid glacial et qu'elle aurait vraiment pu mourir dans la neige et que nous avions vraiment sauvé la vie de quelqu'un. Je repense parfois à elle. Quand j'ai peur ou quand je doute, je me dis qu'elle m'a bénie et que ça ira. Pour l'instant, ça marche.
Ma meilleure amie et moi, nous nous vouvoyons. Je ne sais plus exactement quand ça a commencé, je sais juste que j'ai plus passé de temps à la vouvoyer qu'à lui dire "tu". Je ne sais pas pourquoi nous faisons ça, mais ce n'est pas un simple délire entre amis. Auparavant, nous ne réalisions pas que les personnes nous regardaient un peu bizarrement dans le métro ou aux terrasses des cafés. Maintenant, on fait plus attention et on essaie de se tutoyer le plus possible dans les lieux publics, pour ne pas passer pour deux folles. Il y a quand même souvent des lapsus. Lui dire "tu" me semble toujours très étrange et pas naturel. C'est comme si je devais appeler ma mère autrement que "Maman". Ca bloque. Quand on aura trente ans, on pourra de nouveau se vouvoyer en public en faisant semblant d'être des voisines ou des collègues de bureau.
Je mange des légumes tous les midis, week-end excepté. Cela fait maintenant trois ans. Mon entourage ne s'en remet toujours pas. Le but n'est pas d'être végétarienne ou que sais-je. Il n'y a pas de but, à part éviter les sandwichs infâmes et qui sont chers ou la facilité du Mcdo. C'est assez contraignant, ça demande de l'organisation, ma boîte à repas pèse un peu lourd, mais j'en suis quand même contente. Le restaurant universitaire est de l'autre côté de la Seine, loin, très loin. Ceci explique cela.
Je déteste les robes de mariée. Je peux presque dire que c'est une mini phobie. Aussi bien la symbolique que l'allure et la coupe du vêtement. Il n'y a rien de plus moche sur terre (avec les sourcils rasés et recouverts d'un trait de crayon violet ou les polaires). Je ne sais pas comment je vais faire. J'aimerais bien faire un truc un petit peu décalé, comme porter un short en jean avec une marinière, mais je ne suis pas assez folle pour porter ça dans cette circonstance / ma mère me déshériterait / mon beau-père pleurerait / ma belle famille me détesterait / mon mari me quitterait / le photographe me confondrait avec un témoin. Ou alors je pars en cachette à Vegas et la question ne se posera plus, mais il faut être encore plus inconscient pour faire ça. Et l'inconscience, ce n'est pas mon fort. Sinon j'ai pensé à couper la poire en deux en m'achetant un smoking pour femme Yves Saint Laurent, mais il faudrait trouver des sponsors... Au pire, je ne me marie pas, mais c'est dommage si le seul argument contre est "Pronuptia, c'est dégueulasse".
# 29
- L'averse, j'ai une question.
- Oui ?
- Tu penses quoi du vernis à ongles ?
- Hum, je déteste.
- Mais alors pourquoi tu en mets de plus en plus souvent ?
- Parce que j'aime bien porter des trucs que je trouve moches et perdre mon temps avec.
- Ah bon ?
- ... C'était une blague.
- Mettre du vernis ou aimer porter des trucs moches et perdre ton temps ?
- Tu connais beaucoup de personnes qui détestent quelque chose, qui le trouvent moche ou inutile et qui se cassent quand même la tête à en porter sur elles-mêmes, comme du vernis ?
- Bah, toi. Non ? Ca fait plusieurs semaines que tu en mets, tu veux comprendre ce que ça fait de trouver un truc moche ?
- Tu penses vraiment que je passerai plusieurs semaines à essayer de voir l'effet produit par un truc moche ? Une journée, c'est suffisant, non ? Et même une journée entière, tu penses que je chercherai à essayer de vivre volontairement avec de la laideur alors que j'ai des trucs encore plus existentiels que des questions de vernis à me poser ? Enfin, qui philosophe sur la laideur ou la beauté du vernis à ongles ?
- Je suis un peu perdue là.
- ...Bon. Euh. En fait j'aime bien le vernis. C'est pas grave. On oublie. C'est pas important, ne t'inquiète pas. Et je trouve ça beau.
- Donc tu en mets volontairement ?
Là, j'ai eu envie de lui dire "Non, en fait ma maman prend en otage mes mains tous les soirs avant que j'aille dormir et c'est mon beau père qui débat avec le voisin de palier pour choisir la couleur, ils hésitent toujours entre un assortiment bracelet-ongles ou chaussures-ongles alors parfois ils téléphonent à Monsieur pour qu'il tranche", puis j'ai pensé "N'essaie même pas en rêve, sinon tu es repartie pour dix minutes d'En attendant Godot". Alors j'ai simplement esquissé un grand sourire.
Parfois, elle me fait vraiment peur. Ou alors j'ai un humour incompréhensible qui ne fait rire que moi, ce qui me fait aussi peur. Avec elle, je me dis que je devrais agiter un petit post-it avec inscrit "Là, je blague donc idéalement il faudrait rire car c'est supposé être drôle" aux moments adéquats. Il m'a rassuré en disant qu'elle avait de grands moments de stupidité, mais je suis quand même très inquiète.
# 28
J'ai saigné du nez dans les réserves du musée. A exactement 10 centimètres d'une oeuvre déballée. J'ai eu la sueur froide de ma vie. J'ai pris sur moi pour ne pas m'évanouir. J'ai simplement dit "Désolée, désolée, désolée" aux deux personnes à côté de moi. Je crois qu'elles étaient trop impressionnées pour me prendre pour une demeurée ou une petite nature. Ou alors, elles ont fait comme si de rien n'était. Et tout est rentré dans l'ordre trente minutes plus tard.
J'ai serré la main à plusieurs descendants directs d'un artiste que j'adore. Je ne sais pas combien de générations les séparent. J'ai pris une photo mentale et je leur ai fait un câlin imaginaire. J'ai eu envie de leur dire "Votre arrière papy est l'un des hommes de ma vie". A la place, je leur souriais en silence. Je me suis lavée les mains avec regret. Il aurait été placé à table à côté de Jean Michel Basquiat et de la Castiglione si nous avions tous vécu à la même époque. Ils se seraient hurlés dessus à cause d'un obscur truc intellectuel ou auraient fait un concours de gobage de Curly. Ca aurait été tellement bien.
J'ai eu mon premier vrai carton d'invitation à un vernissage. J'en avais déjà eu auparavant, mais c'était uniquement les surplus qui n'intéressaient pas mes chefs de stage. Des invitations bouche-trou. Cette fois, c'est différent. Je regardais ce qui était exposé dans le hall avec une tête de "Oh, c'est joli ça". Une personne s'est approchée de moi et m'a demandée si j'avais envie d'aller au vernissage. J'avais les joues roses de plaisir. Je n'y suis pas allée. J'avais beaucoup de travail, mais surtout, je ne savais pas concrètement ce qu'il faut faire dans ce genre de situation. Je ne sais toujours pas ce qu'il faut faire. Je suis capable de venir, regarder et repartir aussi sec dans le quart d'heure, mais je ne sais pas si c'est le bon comportement à avoir ou non. En plus, je ne connaissais personne. Alors, par précaution, je suis restée chez moi.
J'ai reçu un mail d'un ami qui vit maintenant à l'autre bout du monde. Il vivait déjà à l'autre bout de la France. Il m'a dit "Mon avion atterrit le 11 juillet à telle heure. Si tu es disponible et si tu peux/veux, tu voudrais bien m'attendre ?" Je trouve ça trop mignon. C'est la première fois qu'on me propose un rendez-vous avec un délais de six mois (exception faite pour l'ophtalmo). La dernière fois que nous nous sommes vus, j'avais une demie heure de battement entre deux TGV, dans sa ville. On a pris un café pendant 25 minutes, j'avais oublié de mettre mon portable en réveil et j'ai du courir comme une dératée sur le quai pour attraper ce maudit train. C'était drôle (Je l'ai eu).
Lorsque Monsieur a ouvert les yeux ce matin là, il a murmuré en souriant "Joyeux anniversaire" avant de se rendormir. Je suis partie en catastrophe déjeuner chez des amis, en me cognant les genoux partout car je n'avais pas ouvert les volets pour ne pas le réveiller. Ils vivent au dernier étage. Ils passaient la tête par dessus la rambarde et hurlaient "CA FAIT UNE HEURE QU'ON T'ATTEND, ALLEZ, PLUS VITE, LE CHAMPAGNE VA ETRE TIEDE ET C'EST DEGUEULASSE. JOYEUX ANNIVERSAIRE CHATON" pendant que je disais "Mais vous êtes malades les garçons, les voisins vont vous détester, chut chut." La maman de ma meilleure amie m'a envoyé plein de textos pour mon anniversaire. J'étais dans le métro pour rentrer chez moi. J'ai passé tout le trajet à lui raconter ma journée / répondre à ses bêtises / rigoler bêtement. On se raconte nos vies sentimentales, on se met mutuellement du vernis à ongles sur nos orteils et on se raconte des blagues sales pendant qu'elle prépare à dîner. Mais nous nous vouvoyons. Je ne cherche pas à comprendre et elle non plus.
Je n'arrivais pas à la joindre depuis deux semaines. Sa boîte vocale était saturée et elle ne décrochait jamais. Je ne connais pas son adresse mail. J'ai fait la bonne vieille méthode d'avant-guerre. Grâce à Dieu, son code d'interphone se trouvait dans mon calepin. J'ai griffonné un mot avant de le glisser sous sa porte. Ladite porte était de mauvaise foi. Je me suis retrouvée à quatre pattes sur son paillasson pile quand quelqu'un sortait de l'ascenseur. Il m'a regardé avec beaucoup d'étonnement et/ou de condescendance. Je suis restée le plus digne possible avant d'éclater de rire. Il était encore plus atterré.
Je suis sortie chercher le courrier les fesses à moitié nues, avec un vieux peignoir stigmatisé par de la peinture qui refuse de partir, un chignon crotte de pigeon et des bottes en caoutchouc. J'avais passé la journée à zoner chez moi. J'ai croisé tout mon immeuble voire toute la rue entre ma boîte aux lettres et ma porte d'entrée. Bien sûr, quand je suis décemment habillée et que je ressemble à un être humain, je ne rencontre personne.
Je compte partir en retraite spirituelle avant mes examens. Pas pour méditer mais pour travailler. Tout le monde me dit que je suis folle et que je ne vais pas tenir trois jours.
